Jacob MARKIEL naquit le 20 juillet 1911 à Lodz (Pologne)
dans un milieu modeste. Son père était régisseur d’un domaine. Sa mère se
retrouva seule après la guerre de 1914-1918 pour élever ses enfants. Elle
dû faire des ménages pour faire vivre sa famille et il en garda une profonde
révolte contre ceux qui lui imposaient un travail pénible. Mais en même
temps qu’il se souvenait de la faim et du froid, il avait gardé une profonde
admiration pour sa mère dont il fit le portrait quand il était adolescent,
portait qu’il tint à refaire alors qu’il était déjà très âgé.
Jacob garda aussi
de cette enfance le respect des choses simples. Il admirait beaucoup ses frères, et parlait de Félix et de Gabriel, son frère boxeur, qui était une force de la nature. Ils étaient tous des garçons de forte constitution et
Jacob en était fier. Il racontait qu’un de ses oncles avait la réputation d’écraser des noix dans ses mains et d’en faire couler de l’huile.
Lui-même
garda longtemps une grande force, force qui l’aida à survivre dans les camps.
Passionné dès l’enfance par le dessin et la peinture, déjà petit il dessinait sur ses cahiers, ce qui était très mal vu dans les milieux juifs traditionalistes. Sa mère finit malgré tout par l’inscrire dans un cours de dessin : ses premiers maîtres qu’il vénéra toujours furent
Y.Brauner
et Zeidler. A l’âge de 16 ans il rencontra le peintre Marek Schwarc, celui-ci le présenta au critique d’art Wilhelm Fallek, qui le fit rentrer à l’académie des Beaux Arts de Cracovie en 1929 où il resta jusqu’en 1933. Il participa en Pologne au Salon National (I.P.S.) à Varsovie et exposa individuellement en 1931 (ou 1933) . Il fréquenta à cette période les milieux socialistes, anarchistes, dont il nous reste aujourd’hui le portrait de l’un d’entre eux.
Il vint à Paris à l’automne 1934, où il fut élève des Beaux Arts, dans l’atelier de Louis Roger. Il exposa à Lodz en 1937 . Le sculpteur Nahum Goldman le présenta à la famille Rotschild qui devint son soutien, mais son esprit d’indépendance l’amena à rompre avec eux.
Il fit encore un voyage en Pologne.
A Paris il retrouva et fréquenta les artistes polonais et juifs. C’est là qu’il retrouva son amie d’enfance Esther Gutmann qui partageait la vie d’un écrivain yiddish, Joseph Cukier qui fut déporté et ne revint jamais. C’est à Montparnasse qu’il fréquenta Soutine, Kikoïne, Kremègne, Dobrinsky, tous bien plus âgés que lui.
Pendant la guerre, étant étranger, il s’engagea dans la Légion Etrangère, Pour lui c’était sa façon de lutter contre Hitler. Fait prisonnier, il resta trois ans en Allemagne, avant de pouvoir se faire rapatrier pour essayer de rejoindre la résistance et passer en Afrique du Nord. Dénoncé la veille de son départ, il fut déporté à Auschwitz et Buchenwald. Dans les camps son art ne lui servi pas à se planquer, car les kapos et les SS voulaient tous le portrait d’un enfant, d’une femme et au moindre retard les coups pleuvaient, comme le raconte Moshé Garbasz dans son livre :
« Un Survivant »
.
D’ailleurs, avec sa robuste constitution il fut envoyé à la mine.
Ce fut le général Schwartz, commandant du camp, qui lui ordonna de faire les
les deux statues de mineurs
plus grandes que nature qui sont aujourd’hui à l’entrée de l’Ecole des Mines de Brszeszczse, en Pologne. Il coula deux grands blocs de béton additionnés de poudre de granit, et tailla les deux statues dans ce matériau dur et cassant. Puis il fallu déplacer les deux blocs, pesant plusieurs tonnes et mesurant 2.50 m, avec pour seule main d’oeuvre des déportés faméliques. A l’évacuation des camps il fut entraîné dans la marche à la mort jusqu’en Tchécoslovaquie. Il trouva quand même l'énergie et le moyen de sculpter
un coupe-papier
dans un morceau de bois avec un clou.
Profondément marqué par les horreurs de la guerre et des camps, il a cependant toujours refusé d’en faire commerce. Il n’y eu que deux tableaux ; une colombe morte qui fut exposées et une composition représentant des déportés traînant les cadavres d’autres déportés sous la menace d’un soldat allemand.
Quand, libéré en 1945, il revint à Paris, il se remit à travailler, d’abord aux Beaux Arts dans l’atelier de Souverbie, puis il prit une petite chambre derrière l’église Saint Laurent près de la gare de l’Est. Il trouva plus tard un atelier Cité Falguière, cité d’artistes, jusqu’en 1967, date de sa destruction.
Pendant ces années il fréquenta le Montparnasse d’après guerre et retrouva Kremègne, Dobrinski,
Schreter
avec qui il passaient de longues soirées à discuter et dont il fit les portraits.
Durant toute sa vie Markiel observa la nature, pour s’en inspirer, jamais pour la copier. Il disait qu’une belle nature morte, c’était celle qui représentait les choses essentielles : un morceau de pain, un livre, un verre de vin.
De par sa formation il admirait et comprenait tous les grands maîtres du passé, des primitifs italiens à Rembrandt ou Velasquez, mais il n’ignora pas ce que firent ensuite Millet, Corot ou Cézanne,.
Il est décédé à l’âge de 95 ans en 2007 à Paris.
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